ça, de Stephen King : Un récit sur l’enfance fascinant

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ça, Stephen King, [1986] éditions du Livre de Poche, 2017

RésuméEnfants, dans leur petite ville de Derry, Ben, Eddie, Richie et la petite bande du  « Club des ratés », comme ils se désignaient, ont été confrontés à l’horreur absolue : ça, cette chose épouvantable, tapie dans les égouts et capable de déchiqueter vif un garçonnet de six ans… Vingt-sept ans plus tard, l’appel de l’un d’entre eux les réunit sur les lieux de leur enfance. Car l’horreur, de nouveau, se déchaîne, comme si elle devait de façon cyclique et régulière frapper la petite cité. Entre le passé et le présent, l’enfance et l’âge adulte, l’oubli des terreurs et leur insoutenable retour, l’auteur de Sac d’os nous convie à un fascinant voyage vers le Mal, avec une de ses œuvres les plus amples et les plus fortes.

                                                                                    

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Un joli total de 1400 pages dévoré en un peu plus d’une semaine. Des semaines à repousser la lecture, pour finir par ne plus pouvoir la lâcher. La raison ? Stephen King est un génie. 

C’est un génie car il arrive à écrire un roman d’horreur dont l’horreur est multiple. Le clown n’est pas qu’un clown tueur d’enfants, la base de son pouvoir est de pouvoir prendre l’apparence de ce qui nous fait le plus peur, au plus profond de notre inconscient (voir le concept psychologique du ça*), et c’est ce qu’il y a de plus terrifiant chez lui : Il est partout, et il est multiple. Toutefois, cette capacité, qui reste ce qui vient immédiatement à l’esprit lorsqu’on parle de ce roman, n’est que la base de son intrigue. Ce livre parle de l’horreur, celle du quotidien, celle qui est dans les actes les plus odieux mais aussi les plus banals, ceux qu’on choisit d’ignorer, ceux qu’on laisse arriver. Ceux d’un père violent, ceux d’une bande de gamins harceleurs, ceux de parents en crise qui mettent tout sur le dos de leur enfant. Il y a la violence physique, et il y a la violence psychologique, dans chacun des aspects de ce roman, et c’est ce qui en fait la force.

C’est un génie parce que si l’horreur fonctionne c’est parce que son récit est aboutit, complet, travaillé et retravaillé. King n’a pas construit un simple édifice, il en a décrit les fondations les plus profondes, les plus éloignées et les plus reculées, dans l’espace comme dans le temps, dans les corps comme dans les esprits, et c’est ce qui donne tant de consistance à ce récit dont on ne sort pas indemne. La ville de Derry est un personnage à part entière. Ses personnages sont forts, émouvants ou détestables, et à l’exception du traitement des personnages féminins, qui souffrent tous, à part celui de Beverly, d’une sorte de bêtise ou d’hystérie freudienne, et ne nous laissent pas indifférents, même pour ceux que l’on croise à peine. Même si certains ne sont là que pour une ou deux scènes, King arrive à nous faire sentir qu’ils ont une vie, un contexte, des obligations, et ils ne passent pas pour des personnages fonctions. Contrairement au reste de la ville de Derry, les enfants du « Club des Ratés », qui sont extrêmement bien écrits et approfondis, quand ils sont confrontés à la violence, cherche à soigner. A guérir. A prêter secours. Ils sont soudés, solidaires. Chacun d’eux trouvent en les autres un sentiment de bienveillance et de sécurité en toutes circonstances, et c’est très certainement le plus beau livre sur l’amitié que j’ai pu lire depuis Harry Potter (c’est dire.)

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C’est un génie car il arrive à parler de l’enfance sous tous ses aspects. Il parle de la peur, celle des monstres qui hantent nos cauchemars comme celles qui hantent nos journées, celles de rentrer chez soi et retrouver un parent abusif ou absent, retrouver la culpabilité ou la solitude. Il parle de l’incompréhension des adultes face à des esprits qu’ils jugent inférieurs, bêtes, volatiles. Ces enfants sont témoins et victimes d’événements terribles, et personne ne peut les aider car personne ne les prend au sérieux. Ils sont seuls face à un monde d’adultes qu’ils ont du mal à comprendre, et l’idée qu’ils devront en faire partie les terrifie. Puis King parle d’amitié et d’imagination, et alors ils ne sont plus seuls. Il parle alors des rires, des rêves, des blagues, des lubies et des jeux qui font que les personnages partagent tout, se comprennent, trouvent en ce petit groupe tout ce qui leur manquait jusque là. Ils trouvent leur valeur et leur identité dans ce groupe. Ils trouvent le courage d’affronter le monstre qui ravage leur ville depuis des milliers d’années, quand grâce aux liens qu’ils ont tissé, ils parviennent à transcender leurs peurs quotidiennes. Beverly craint son père violent et ce qu’il lui fait subir à mesure qu’elle se rapproche de l’adolescence. Bill ne peut faire le deuil de son frère et de son ancienne vie de famille.

En fait, tout dans ce livre est génial, à l’exception de l’écriture des personnages féminins. Beverly est géniale, elle est forte et certainement la plus courageuse du groupe. Toutefois, les descriptions d’Audra, de la mère d’Eddie ou de la femme de Stanley souffrent cruellement de clichés qui, contrairement aux traits caricaturaux du petit gros ou du petit juif que King donne aux membre du « Club des Ratés », il ne cherche pas sà prouver leurs bêtises, mais les alimente. Sans trop en dire, la scène permettant au petit groupe de sortir de l’antre du monstre pour la première fois est problématique. (vous savez, si vous avez lu, de laquelle je parle.) Elle est problématique non seulement par rapport à l’âge des protagonistes, elle est problématique par rapport à comment King décrit les pensées et les sensations de Beverly. Cette scène a été interprété de nombreuses fois, je ne suis toujours pas convaincue de sa pertinence. D’ailleurs, à la vue du prochain livre de King qui sera publié chez Albin Michel, j’ai hâte de voir comment, trente ans après, King traitera ses personnages féminins. Anyway,

Moi qui n’aime pas l’horreur, j’ai été enchantée par une histoire à la fois glauque et magnifique.

J’espère sincèrement que ce roman déjà bien connu sera lu par encore bien des lecteurs, car moi qui doutais du talent d’écriture de King depuis Carrie, j’ai été conquise par son style, ses métaphores, et la grande allégorie que représente ça, et sa pas si grande amie la Tortue. 

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Il ne me reste plus qu’à voir le film de 2017 (qui rien qu’à la bande annonce me plaira davantage que le téléfilm des années 90, que je trouve médiocre), et il ne vous reste plus qu’à vous jeter dessus.

Dracarys.

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4 réflexions sur “ça, de Stephen King : Un récit sur l’enfance fascinant

  1. Entièrement d’accord avec toi : c’est un génie ! Ta chronique est maîtrisée, et tu as bien su retranscrire l’essence du roman, et sa puissance sur le thème de l’amitié, félicitations !
    Je te conseille 22/11/63, dans lequel on retrouve la ville de Derry, et le talent du King ^^
    Je suis ravie de découvrir ton blog, ce sera ma jolie trouvaille de la journée,merci 😉

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